Stupéfiante, à demi illicite et un poil psychédélique, la série Euphoria devient vite addictive. Si les premiers épisodes ont vu le jour à l’été 2019, le programme star d’HBO continue de faire parler de lui… et on comprend pourquoi. Un casting dont on ne se remet toujours pas (Zendaya, Hunter Schafer et Sydney Sweeney, rien que ça), une BO que l’on aimerait s’injecter en intraveineuse et – c’est tout de même le fond de l’article – des mots qui détonnent, tourbillonnent, frôlent l’extase… jusqu’à provoquer l’overdose.
Une narratrice omnisciente, peu fiable, qui oscille entre désintox et défonce, ça donne quoi ?

Bien qu’elle soit le personnage principal – et accessoirement la narratrice – de l’histoire, Zendaya aka Rue Bennett ne fait pas l’unanimité. Il faut dire que sa fâcheuse habitude de mentir, son détachement constant envers les autres (on pense notamment à Lexi, dans la première saison) et sa volonté de s’autosaboter malgré le soutient de sa famille y sont pour quelque chose. Elle est égoïste et altruiste, rebelle et sensible, attachante et détestable… Bref, elle est un adjectif et son contraire, et c’est tout ce qui fait la complexité de son caractère.
Un discours perché mais bien pensé
Malgré qu’elle fasse partie des personnages les plus dérangés sur le plan psychologique, Rue est bel et bien la narratrice de la série. Problème : difficile de faire confiance à une toxicomane pour raconter les faits tels qu’ils se sont déroulés. Elle le dit d’ailleurs elle-même.
To be honest, I’m not always the most reliable source…
– Rue bennett
Si Rue n’a pas la version la plus honnête de la réalité, elle dit néanmoins les choses comme ça lui vient. Elle ne passe pas forcément par quatre chemins et se permet rarement de juger les situations de chacun. Résultat ? Un discours simple, parfois décousu, qui rythme les histoires des personnages. À noter que la narratrice incarnée par Zendaya est omnisciente. Elle sait tout sur tout, même si elle oublie parfois des détails (importants).
Sometimes, when I get really high… I kinda think I’m psychic.
– rue bennett
La voix de sa génération

C’est justement parce que Rue est elle-même torturée qu’elle est à même de nous plonger dans la psyché des protagonistes, eux-mêmes dérangés. Dans la première saison (la meilleure, il n’y a pas de débat), les épisodes se focalisent chacun sur un personnage – même si on y découvre au fur et à mesure des bribes de l’histoire de Rue. Maddy, Cassie, Nate, Jules, Fezco ou Kat : tous ont des traumatismes cachés, des schémas familiaux compliqués… Bref, des ados normaux (ou presque).
Des répliques cul(tes), un scénario sans filtre : pourquoi ça rend accro ?

Sex, Drugs, Etc. Cette incontournable musique de Beach Weather aurait presque pu donner son nom à la série tant il résume bien les principales thématiques. Vous l’aurez compris, Euphoria c’est une poignée d’ados à cran, quelques scènes de cul et de la drogue en veux-tu, en voilà. Qu’on se le dise, le scénario est largement exagéré car, on l’espère, les ados de 16 ans ne passent pas non plus leur temps à sniffer de la coke et à coucher avec le premier venu… Quoi que ?
Néanmoins, les scènes sont bien ficelées, les rebondissements sont finement amenés et les évènements surpassent de loin ce qu’il se passe habituellement dans la vie d’un ado lambda. Et c’est ça que l’on adore !
You dumb f*cking b*tch, I’m gonna f*ck you*

Si l’on devait censurer toutes les répliques inappropriées de la série, il ne resterait pas grand chose à se mettre sous la dent. Entre les f*ck à toutes les sauces – petite dédicace à la grand-mère de Fezco -, les cunt, bitch et autres surnoms affectifs, on est sur un lexique plus que familier. Alors, pourquoi la vulgarité fonctionne ? Tout simplement parce que c’est brut, c’est cru. On ne cherche pas le chic et les chichis à la Gossip Girl (bien que l’on vénère cette série). Loin de la jeunesse dorée et gnangnan de Manhattan, on découvre des ados qui utilisent fréquemment l’argot pour s’exprimer, comme le fait très bien la Gen Z. Bien que l’on frise toujours l’exagération.
*Réplique culte de Maddy dans la saison 2.
Il y a de la poésie dans la maladie ?

La maladie, c’est chic ? La réponse est non, bien évidemment. Dépression, bipolarité, scarification, addiction, anxiété… Euphoria aborde un nombre incalculable de maladies mentales. Et il faut dire que la cinématographie frôlant l’onirique et le style musical euphorisant (c’est le cas de le dire) de Labrinth participent grandement à romantiser le tout.
Des mots aux maux, il n’y a qu’un pas
Bien ou mal ? Là n’est pas forcément la question, même s’il est évident que la détresse psychologique n’a rien de glamour. Il s’agit plutôt de comprendre pourquoi il y a de la beauté dans le fait de tomber. Combiné à la musique et à la scénographie, le travail éditorial y est pour beaucoup. Loin des envolées lyriques shakespeariennes, la série privilégie les constructions courtes mais impactantes. En tant que narratrice, ce n’est autre que Rue qui nous délivre les discours les plus frappants. Elle parle avec le coeur… et c’est plutôt vendeur.
Il n’y a qu’à jeter un œil à ce monologue sur la dépression :
The other thing about depression is it kind of collapses time. Suddenly, you find your whole days blending together to create one endless and suffocating loop. So you find yourself trying to remember the things that made you happy. But slowly, your brain begins to erase every memory that ever brought you joy. And eventually, all you can think about is how life has always been this way. And will only continue to be this way.

Ici, pas de langage soutenu ou de phrases à rallonge. Le vocabulaire est simple ; on a l’impression que Rue met des mots sur ses maux, sans prêter attention à la construction syntaxique. D’ailleurs, on peut retrouver plusieurs répétitions, ce qui montre que ce n’est pas le style qui compte ici.
C’est brut, c’est authentique, un poil romantique mais ça prend surtout aux tripes.
Bonus : 5 citations d’Euphoria pour se shooter aux mots

Real love is when you can’t exist without someone, when you’d rather die than be apart. And the whole world goes dark and nothing else matters but the person standing in front of you.
– Rue Bennett
Sometimes, two people in the universe who aren’t meant for each other find each other.
– Cal Jacobs
I don’t remember much between the ages of eight and twelve. Just that the world moved fast and my brain moved slow.
– Rue Bennett
90% of life is confidence. And the thing about confidence is no one knows if it’s real or not.
Maddy Perez
And then it happens. That moment when your brain starts to slow. And every time you breathe, you breathe out all the oxygen you have. And everything stops. Your heart, your lungs, your entire body, and finally your brain. And everything you feel, and wish, and want to forget, it all just sinks.
– Rue bennett



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